La Huchette – La Cantatrice Chauve et La Leçon

La cantatrice chauve et La leçon – Théâtre de la Huchette

22 euros pour les deux pièces, on trouvait déjà que c’était pas donné pour un tarif étudiant. Puis le quartier de la Huchette d’abord, avec son lot de restaurants touristiques bariolés aux maîtres d’hôtel sans gêne qui vous interpellent dans la rue, et enfin le théâtre, planqué dans un recoin et dont la salle n’excède pas les cinquante places, là on s’est vraiment demandé où on était. Il paraît que c’est un classique, pourtant, cette pièce: la 16 316e (??) ce soir, pour une pièce jouée tous les jours depuis 1957. Soit. L’attente n’en est que plus grande! La minuscule salle se remplit finalement et fatalement le rideau se lève. Style anglais, personnages anglais, la pièce commence très guindée. L’atmosphère est stricte, la tension paraît forte pour le spectateur. Puis, au fur et à mesure du déroulement de la pièce, les personnages se lâchent, prennent toute leur (folle) dimension. On assiste alors à un déballage de grand n’importe quoi à la Ionesco. On pourrait penser qu’il faut aimer le style. Certes, mais avec des acteurs si vrais dans leurs personnages – on aurait peine à imaginer un Mr Smith plus Mr Smith que son interprète, tellement l’apparence et les mimiques sont celles du stéréotype – et un jeu si millimétré, on est forcé de succomber. Dès lors, la surenchère des répliques décousues, mais qui semblent s’inscrire dans la logique démente des personnages, tient le spectateur en haleine. Un suspens incompréhensible envahit la salle, comme si tout tendait vers un but, évident et pourtant qu’on peine à imaginer. Le pauvre spectateur en perd son latin, la pièce s’emmêle, devient floue et encore plus excentrique. Jusqu’à l’instant libérateur, apothéose de l’absurdité:

-« Et la cantatrice chauve? »… -… Non, je vous laisse le soin de découvrir la suite!!

Après un court entre-actes, pendant lequel certains iront s’en griller une alors que d’autres seront heureux de pouvoir respirer un air un peu plus frais que celui de la minuscule salle, la seconde pièce commence. Tout comme la première, départ assez strict, mais le jeu est un poil plus détendu. Qu’à cela ne tienne! Car, à nouveau, on sens une montée en tension, et les plus subtils commencent à imaginer la direction que l’intrigue (en est-ce vraiment une??) prend, grâce à une bonne bien bavarde… Petit à petit, le spectateur est attiré dans la pièce. L’effet désiré est immédiat: le public ressent le malaise qui pèse et écrase l’élève et, à l’instar des dialogues, le rythme cardiaque des spectateurs s’accélère. L’oppression devient si forte que la pièce en est presque difficile à supporter. Et le geste fatidique tombe, avec encore plus de puissance et de splendeur qu’auparavant!

Ionesco avait pour adage: « Un grand succès dans un petit théâtre vaut bien mieux qu’un petit succès dans un grand théâtre et encore mieux qu’un petit succès dans un petit théâtre ». Bien vu l’artiste!!

Nicolas K.

Théâtre de la Huchette, rue de la Huchette, métro St Michel Tarifs: 15€ pour une pièce ou 22€ les deux (régime étudiant) de 19h à 20h puis de 20h à 21h, tous les jours sauf le dimanche.

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