Exposition temporaire au Musée du Quai Branly

Armure de samouraï, fin de l'époque MOMOYAMA (vers 1600)

L’Art de la guerre, qu’il s’agisse de l’ouvrage écrit par Sun-Tzu ou de celui de Machiavel, ce titre porte dans tous les cas au rang d’art la stratégie militaire et politique nécessaire à la gestion de toute conflagration. Et en poursuivant dans cette idée, l’on peut s’intéresser à l’art dans la guerre et pour la guerre, qui est certes un domaine artistique moins évident et auquel on ne penserait pas d’un premier abord mais qui, pour autant, mérite quand même que l’on s’y arrête. C’est ce que je vous propose de découvrir à travers cet article portant sur l’exposition temporaire d’armures de samouraï accessible jusqu’au 29 janvier 2012, au Musée du Quai Branly.

La première question qui vient à l’esprit est celle de la définition du terme japonais de samouraï. L’image la plus naturelle est celle d’une sorte d’équivalent japonais à nos chevaliers, maniant le katana (sabre de taille[1] et d’estoc[2]) et maîtrisant les arts martiaux (vous remarquerez qu’encore une fois, nous en revenons à la notion d’« art »). La réalité est un peu plus complexe que cela et ne peut être appréhendée que par la compréhension de la société et de l’histoire japonaises. Au contraire des cultures germanique, espagnole, anglo-saxonne, etc. qui sont finalement assez proches de la nôtre (moyennant bien entendu quelques spécificités propres à chacune), la culture japonaise, du fait peut-être des contacts réduits qui ont pu exister au cours de l’histoire entre les peuples européens et japonais, diffère beaucoup de la nôtre. Encore actuellement, la société japonaise demeure très codifiée, avec des règles de politesse et d’honneur assez marquées, un rapport à la mort différent de celui propre aux peuples occidentaux, etc. Cela était encore plus vrai jusqu’au XIXe siècle inclus (époque à laquelle le Japon a commencé à se moderniser pour adopter la forme qu’il connaît aujourd’hui et à laquelle a été supprimée la caste des samouraï). En ce temps, le Japon féodal était dirigé par un empereur ou des shoguns (chefs militaires), qui s’appuyaient sur des samouraï, noblesse inféodée à des suzerains (eux aussi samouraï). Il est assez intéressant de noter que le terme samouraï provient étymologiquement du mot japonais signifiant « servir ». Ceux-ci étaient en effet liés à leurs suzerains et à certaines valeurs par un code de morale très strict et un entraînement implacable dès le plus jeune âge : le bushido (ou voie du guerrier). Ce code de l’honneur autour duquel s’axait toute la formation et la vie du samouraï reposait sur sept vertus fondamentales : la droiture, le courage, la bienveillance, la politesse, la sincérité, l’honneur et la loyauté. Un samouraï qui venait à faillir à l’une de ces vertus pouvait ainsi choisir entre le déshonneur et le seppuku (suicide par éventration) afin de le regagner. De même s’il déplaisait à son suzerain par son comportement, ce dernier pouvait lui demander de mettre fin à ses jours ou le samouraï proposer de lui-même cette solution. En outre, les samouraï s’adonnaient aussi à d’autres activités que les arts martiaux, telles que la poésie, la calligraphie ou la littérature, activités pouvant sembler surprenantes de par le contraste les opposant à la rigueur de leur vie de guerriers gouvernée par des principes moraux. Cette vision de la vie centrée sur l’honneur et la vertu peut nous sembler quelque peu étrange mais il faut conserver à l’esprit le fait qu’il s’agisse d’une autre culture, celle d’un peuple ayant vécu une histoire très différente de la nôtre.

Casque d'une armure de samouraï

Concernant l’exposition proprement dite, celle-ci propose au visiteur d’admirer un grand nombre d’armures complètes de samouraï de différentes époques (Muromachi, Edo, Meiji…). Toutes sont de véritables œuvres d’art, assemblées de façon unique pour assurer à leur porteur une protection maximale sans pour autant trop le limiter dans ses mouvements et dans tous les cas, le rendre reconnaissable, ainsi que le clan dont il est issu, parmi les autres guerriers. En ce qui concerne la protection offerte par ces armures, nous pouvons par exemple noter la forme toute particulière des casques, étudiée pour dévier (plus que pour résister) autant que possible d’éventuels coups de sabre et protéger ainsi la tête du samouraï (cf. photographies).

Casque d'une armure de samouraï

D’une manière générale, les armures étaient essentiellement constituées de matériaux assez classiques (bois, cuir, tissus, fer…), même si certaines contiennent de l’or ou autres métaux précieux pour certaines décorations. Cela étant, la majorité des décorations étaient réalisées avec des laques colorées ou dorées, directement appliquées sur les éléments de l’armure (afin, par exemple, d’afficher le blason du clan auquel appartenait le samouraï). D’ailleurs, vous découvrirez au cours de cette exposition qu’il est assez difficile de présenter au public une armure datant d’une époque précise car celles-ci étaient souvent réemployées et adaptées à chaque changement de possesseur. Le nouveau samouraï possédant l’armure conservait certains éléments, en faisait modifier d’autres… ce qui induit que la majorité des armures que vous pourrez voir exposées au Musée du Quai Branly sont en fait des assemblages de morceaux d’armures de différentes époques (même si, la plupart du temps, le style et les matériaux employés sont quand même globalement représentatifs d’une époque).

Vient enfin le sabre de samouraï (katana en japonais), dont on dit qu’il était l’âme du guerrier. Un nombre très restreint de ces armes est exposé au Musée du Quai Branly, l’exposition étant surtout consacrée aux armures. Vous découvrirez cependant au travers d’une vidéo le processus complexe de réalisation de ces sabres très élaborés. Il ne faut en effet pas s’imaginer qu’un katana est constitué d’une seule barre de fer qui serait forgée en forme de lame et simplement affûtée afin d’atteindre le degré de tranchant désiré. La forge de ces armes est, de fait, beaucoup plus complexe. Différents métaux sont tout d’abord liés entre eux de façon précise afin que lors des étapes suivantes de façonnage de la lame, le métal de la partie tranchante ne soit pas le même que celui de la partie épaisse. Ensuite, le métal est plié sur lui-même puis replié afin d’obtenir un feuilletage de plusieurs dizaines de milliers de couches. Des chauffages et trempes sélectives de différentes parties de la lame à l’aide d’argile (isolant) disposé à des endroits précis de cette dernière finira enfin par conférer au sabre les propriétés de résistance souhaitées. Ce n’est qu’ensuite qu’intervient la phase d’affûtage, puis de réalisation du fourreau adapté à l’arme. Ce long processus représente, au niveau des techniques de forge mises en jeu, une sorte d’aboutissement en la matière, regroupant plusieurs techniques très pointues encore utilisées industriellement de nos jours… ce qui est d’ailleurs assez étonnant car les forgerons les employant à l’époque de l’apogée des samouraï ne disposaient pour ce faire que d’outils rudimentaires et avaient découvert toutes ces techniques via l’expérience et non pas par l’intermédiaire de modèles théoriques !

Cette exposition repose des collections prêtées au Musée du Quai Branly par le Musée Ann et Gabriel Barbier-Mueller (Dallas) et n’était ouverte au public que jusqu’au 29 janvier 2012.

            Maxence Cordiez


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