Chapitre 2

Ce soir, il y a une soirée chez Théo, dans le seizième. Organisé pour fêter la fin des partiels, c’est l’´évènement le plus attendu par les étudiants de CP, et quiconque n’y participant pas sera considéré comme un ˆêtre tristement inintéressant. Je me suis donc résolue `à y aller avec un très maigre espoir de m’amuser, et un infime, que dis-je, infinitésimal espoir de rencontrer un garçon.

Mais heureusement, il y a Théo. Théophile Gautier fait partie de ce type d’hommes rêveurs qui fait rêver. Toujours présent mais absent, il se d´dégage de lui une douce énergie, sereine. Ce caractère songeur l’a tout naturellement entrainé vers cette occupation mystérieuse et onirique qu’e la contemplation artistique. La dernière fois que nous sommes allés à une exposition d’art moderne, il est resté immobile devant un bloc de feuilles blanches pendant un très long moment.

Cherchait-il à saisir l’intention de l’artiste ou laissait-il son esprit divaguer vers d’autres pensées, je n’aurais su le dire. Il semblait se fondre dans les feuilles blanches, comme si tout son corps se dissolvait pour laisser place à la matérialisation de ses rêves, engloutissant son être fantomatique et insaisissable.

Néanmoins ce fantôme habite dans un immense appartement et laisse souvent des soirées s’organiser chez lui. Il reste toujours profondément enfoncé dans son canapé et observe rêveusement les autres, acquiesçant d’un signe de tête et souriant quand il le faut.

Théo, je l’aime bien. Et en plus, il tient bien l’alcool.

Tout en laissant libre cours à ses pensées, Nathalie entreprit le rituel de préparation de la fille qui a trois heures à perdre avant une soirée. Elle prit une longue douche, se savonna paresseusement, regarda avec intérêt l’eau entrainer la mousse, regretta la chaleur du jet lorsqu’elle le coupa, eut froid, et s’enroula dans une grande serviette.

Qui y aura-t-il ce soir ? Elle contempla sa garde-robe d’un air pensif. Des robes défilèrent devant elle en même temps que des visages familiers. Une robe noire échancrée, une robe bleue à volants, tiens ma robe verte à pois, ou plutôt un jean et un petit haut à dentelle décolleté comme ceux de Kate Moss… Julie, Maureen, Suzan et Steeven toujours collés ensemble ces deux-là, Kenji. . . Je me sens déjà lasse de m’habiller et de les voir. Les soirées sont des exacerbations des comportements sociaux, je sais que je vais m’habiller de telle manière à ce que les personnes qui me regarderont aient l’image que j’ai envie de leur donner, et tous mes amis seront, comme d’habitude, obnubilés par l’agencement cohérent de leur rôle au sein de la société formée par notre petit groupe. Chacun cherche à s’y mettre en valeur et paradoxalement à se ressembler en se différenciant. Simmel, que notre lecteur connaît sans doute, dit de la mode qu’elle n’est rien d’autre qu’une forme de vie qui permet de conjoindre en un même agir unitaire la tendance à l’´égalisation sociale et la tendance à la distinction individuelle, à la variation. J’ai toujours admiré la justesse de ces mots.

Nathalie enfila un jean et un t-shirt blanc, qu’elle remplaça bientôt par un débardeur gris, qu’elle changea finalement en un haut de dentelle noire plutôt décolleté. La narratrice tient à préciser que ce processus de sexualisation de l’habillement est commun chez les femmes, ô combien nombreuses, qui cherchent l’amour.

Nathalie était enfin prête à sortir après trois heures et vingt minutes de préparation qui ne firent aucune différence dans la perception que les autres eurent d’elle ce soir-là.

Marie G.

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