Chapitre 3

J’arrive enfin chez Théo. Il est 22 heures et je sais pertinemment qu’il est bien trop tôt. Toute personne stylée et cool arrive à 23h30 minimum, histoire de se faire attendre par ses amis qui n’ayant plus rien à se dire rouspètent en s’exclamant « Mais où il est Jacky ?! »

Mais je ne suis pas une personne stylée et cool (et je ne m’appelle pas Jacky). J’aime rentrer chez moi avec le dernier métro.

Théo l’accueillit avec un sourire rêveur.

-Salut Nathalie, tu es la première, comme d’habitude. Entre.

Elle le suivit jusqu’au salon où trônaient deux immenses canapés en cuir qu’elle affectionnait beaucoup.

-Je te sers un verre ?

-Je veux bien un gin tonic, merci.

Il partit dans la cuisine qui était à l’autre bout de l’appartement, laissant Nathalie seule dans le salon des invités. La décoration lui plaisait beaucoup : de nombreuses reproductions impressionnistes la surplombaient, joliment encadrées ; des lampes art déco vertes et orange insufflaient une douce lumière mais surtout une tête africaine en bois, de la taille d’un buste antique observait la pièce. La tête était grossièrement taillée et semblait sourire tristement.

Salut Quegqueg lui murmura-t-elle. Elle l’avait surnommé ainsi en référence au personnage de Moby Dick, un harponneur paien et noir d’une gentillesse infinie. Quegqueg la dévisagea de ses grands yeux creux et toujours avec  son triste sourire.

-Elle est jolie cette statue hein ? dit alors Théo qui venait de rentrer dans le salon.

Tiens ton gin fizz. Il le posa avec délicatesse sur la table basse en verre.

-Merci Théo. Elle but une petite gorgée. C’est délicieux.

Un silence s’installa. Mais pas un de ces blancs gênants où l’on cherche activement quelque chose à dire, non, juste un silence paisible entre deux amis qui laissent leurs pensées divaguer. Nathalie chérissait ces moments de proximité avec Théo où elle pouvait rester elle-même et elle redoutait l’arrivée des autres.

-Je ne trouve pas que ta statue soit jolie, elle est plutôt attendrissante dit-elle soudain.

-Comme toi non ? dit-il en esquissant un sourire amusé.

-Haha très drôle.

Mais tous les deux savaient qu’il avait un peu raison, au fond. Ils replongèrent dans un silence méditatif.

L’interphone retentit au loin, faiblement.

L’appel de la société soupira Théo, il se leva et courut à travers le dédale de couloirs et de salles pour ouvrir à Julie, Sophie, Maureen, suivies la minute d’après par Suzan et Steven. Surexcités ils rompirent tout de suite la petite bulle où Nathalie s’était lovée.

-Salut Nath comment tu vas ? lui demanda Julie, et sans attendre la réponse elle enchaîna : il est où le whisky ? Eh mec, commença-t-elle  en s’adressant à Steven, qu’est-ce que tu fous ? Va rouler. Tiens. Et elle lui balança un petit pochon bien gonflé. C’est de la bonne, elle vient de Villejuif .

-Meuf tu parles pas à Steven  comme ça, l’interrompit Suzan et toi défend toi un peu je sais pas !

-Oh pardon chérie s’excusa Julie en l’embrassant sur la bouche.

D’autres amis arrivèrent alors, emplissant l’appartement de Théo d’un brouhaha bruyant.

 Marie G.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s